GRÈVE DES ENSEIGNANTES DE 1918

admin Uncategorized August 29, 2017

Ottawa Journal, 4 octobre 1918, page 14, colonne 5.

En octobre 1918, les enseignantes du Conseil des écoles publiques d’Ottawa lançaient une campagne pour obtenir de meilleurs salaires. Deux mois plus tard, les enseignantes laïques anglophones du Conseil des écoles séparées présentaient la même demande. Au cours de l’année, les enseignantes accumuleront réussites et échecs dans leur lutte pour un salaire équitable et une juste reconnaissance.

L’économie de guerre avait fait grimper le coût de la vie à Ottawa – il aurait doublé durant la période de 1914 à 1919. Or, les enseignants et enseignantes avaient reçu peu d’augmentations de salaire, voire aucune, pendant les années de guerre. Les enseignantes se voyaient particulièrement touchées par cette situation, touchant un salaire nettement inférieur à leurs homologues masculins – certaines recevaient la moitié du salaire d’un homme occupant un poste de même niveau. Bien que le principe « à travail égal, salaire égal » fut communément accepté, les conseillers scolaires, presque tous des hommes, croyaient que les enseignants méritaient un salaire supérieur à celui des enseignantes puisqu’ils étaient en plus forte demande.

Ottawa Journal, 9 novembre 1918, page 19, colonne 4.

Les enseignantes des écoles publiques réclamaient une augmentation de leur salaire de base et de leur salaire maximum. Plus précisément, elles souhaitaient voir leur salaire maximum de 1 000 $ par année devenir leur nouveau salaire de base. Les enseignantes des écoles séparées gagnaient un salaire encore moindre à celui-ci, qui ne pouvait atteindre que 800 $ par année. Dans un article publié dans l’Ottawa Journal, on pouvait lire un commentaire qu’une jeune femme trouverait un salaire annuel de 800 $ « assez peu pour subvenir à ses besoins » (Ottawa Journal, 8 nov. 1918).


Ottawa Journal, 16 novembre 1918, page 2, colonne 1.

Devant la résistance de conseils scolaires à court d’argent, les enseignantes réagirent de différentes manières. En novembre 1918, les enseignantes des écoles publiques formaient la section de Carleton-Est de la Federation of Women School Teachers of Ontario (fédération des enseignantes de l’Ontario). La nouvelle section était présidée par mademoiselle G.E. Macpherson de l’école Breezehill Avenue (aujourd’hui l’école publique Devonshire Community) et mademoiselle Christie de l’école publique de Westboro. En mars 1919, les enseignantes des écoles publiques récoltaient les fruits de leur travail : le conseil scolaire accorderait une augmentation salariale à tous les enseignants et enseignantes. Dorénavant, les enseignants et enseignantes des écoles publiques d’Ottawa pourraient toucher des salaires plus élevés que tous leurs homologues ontariens. Toutefois, la nouvelle échelle salariale était toujours inférieure à celle que les enseignantes réclamaient.


Ottawa Journal, 18 décembre 1918, page 4, colonne 3.

Peu de temps après, la Women’s Association of Separate School Teachers (association des enseignantes des écoles séparées) unissait ses efforts à celle de la Federation of Women School Teachers of Ontario, et le 14 mai 1919, quarante-quatre enseignantes laïques anglophones entamèrent une grève sous les encouragements des élèves. Le conseil scolaire lança alors un ultimatum ordonnant leur retour au travail dès le lundi suivant sans quoi elles se verraient congédiées. Toutefois, avant que cela ne puisse se produire, le ministère de l’Éducation de l’Ontario aurait « informé les enseignantes qu’il établirait des conditions qu’elles jugeraient satisfaisantes » (Ottawa Journal, 16 mai 1919). Les enseignantes retournaient au travail le lundi.

Ottawa Journal, 26 février 1919, première page.

Bien que les enseignantes aient vu certaines de leurs demandes satisfaites en 1919, la lutte pour un salaire décent ne s’est jamais vraiment terminée. Du côté des enseignantes des écoles publiques, les négociations salariales se sont poursuivies tout au long de l’année, tandis que les enseignantes des écoles séparées ont déclenché une nouvelle grève en 1919 en raison d’un conflit les opposant au conseil scolaire. Au cours de cette période, le Conseil des écoles séparées a perdu vingt-et-une enseignantes. En dépit des difficultés rencontrées, les enseignantes d’Ottawa sont parvenues à susciter un grand intérêt de la part du public et à obtenir son appui par l’entremise de leur campagne. Leur histoire a fait la première page de l’Ottawa Journal jusqu’aux derniers mois de la Première Guerre mondiale, voire quelque temps après, ce qui illustre l’importance des enseignantes aux yeux des Ottaviens du vingtième siècle.

Ottawa Journal, 7 mars 1919, page 13, colonnes 1 et 2.

Remerciements

 

Cette capsule historique a été élaborée et rédigée par Francesca Brzezicki comme complément aux kiosques sur l’histoire de la capitale, un projet signé Ottawa 2017 mené par le Musée de l’histoire ouvrière. Elle fait partie de travaux de cours entrepris dans le cadre du séminaire d’études supérieures du professeur David Dean sur les musées, l’identité nationale et la mémoire collective (département d’histoire de l’Université Carleton).

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *